Mont Blanc, Traversée des 3 Monts

Les 09 et 10 Juillet 2012

Ascension du Mont Blanc par les trois Monts (Mont Blanc du Tacul, Mont Maudit et Mont Blanc) avec Aurélien et Delphine.

Le texte est de Delphine:

Traversée du Mont Blanc prévue : montée par les trois Monts, redescente par Tête Rousse. Mais Dame nature, capricieuse ces temps-ci, imposera ce nouveau programme : Montée et redescente par l’itinéraire des Trois Monts, une façon d’optimiser le créneau météo et nous donner ainsi une possibilité de rejoindre le toit de l’Europe.

Rendez-vous lundi 9 juillet. Après distribution et vérification du matériel, nous entamons l’interminable queue pour obtenir le visa vers les cimes enneigées.

Benne numéro 46 pour s’approcher de l’objectif. Un microcosme singulier rempli le téléphérique. Au franchissement du premier pilonne qui fait vaciller la cabine, des sons multiples sortent des bouches surprises et hébétées de tout ce panel de population abordant pour la première fois un voyage dans ce type d’embarcation. Un petit papy japonais tombe en arrière en rigolant nerveusement…Aurélien le retient…le Japonais le gratifie d’un «alligato ». Ambiance décalée entre touristes et alpinistes ayant pourtant le même objectif : voir la vie d’en haut, depuis cet univers grandiose.

Nous arrivons à l’Aiguille du Midi. Le moment de s’équiper à sonner : crampons aux pieds, bonnet et casque sur la tête, piolet en main, on pousse la barrière, et en avant toute ! Nous descendons cette arrête sans sourciller.

Première journée consacrée à l’apprentissage du cramponnage, traversée de rimaye, évolution en pente raide, sur le terrain de jeu des pointes Lachenal.

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Le déroulement sans vague de cette première journée se conclut par l’installation de la cordée au refuge des Cosmiques. « Sirotage » d’une bonne bière en terrasse, l’objectif est devant, nous nargue. 18h30 diner, puis nous rejoignons le dortoir, contrôle des sacs, du poids, préparation des affaires. Les nuits en refuge se suivent et se ressemblent : symphonie en ronflements majeurs, suivi d’un concerto en pas mineurs dans le dortoir du dessus, chaleur pesante à croire que nous avons rejoins  le tropique du cancer en quelques heures, couverture composée essentiellement de poils à gratter, bref ! Sentiment d’exaspération intense envers celui qui a trouvé le sommeil… une  nuit de réflexion !

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Le réveil sonne enfin pour mettre fin à ce calvaire du dortoir. Machinalement on s’habille. Petit déjeuner. On constate très vite que l’expression « frais comme un gardon » n’a pas été inventée à 3h du matin au refuge des Cosmiques. Mais «  l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt », donc aux alpinistes !

Equipement et départ de la cordée. Rythme fluide pour ce départ à la frontale, le corps se met en marche, la tête est encore endormie.

Montée sans tracas jusqu’au Tacul. Le levé du soleil fait scintiller quelques tranches de séracs. Franchissement du col du Maudit en version sport. Jusque là, la cordée progresse vivement.

Arrivée au col de la Brenva, en pleine ligne de mir : Monsieur Mont Blanc, bel et bien là. La motivation nous conduit donc vers lui.

« Le temps peut très vite changer en montagne ! » phrase qui titrera le troisième chapitre de cette aventure.  Le manteau de nuages enveloppant de temps à autre le sommet, l’englobe désormais totalement. Les pentes dans lesquelles nous évoluons se font manger par le brouillard et le vent. Nous ne voyons plus grand-chose, voir plus rien. Nos mains se perdent dans le froid, la souffrance laisse place au rêve, alors qu’une heure auparavant tout semblait encore simple et accessible.  La tête essaie de commander quelques soupçons d’énergie au corps qui se noie dans cette petite tempête. Chaque pas qui nous rapproche de ces 4810m représente un effort dantesque. Le sommet n’arrive jamais, la corde se tend de plus en plus. Plus d’idées en tête, l’esprit s’est envolé, il ne reste que l’enveloppe qui n’avance plus.  Energie et motivation du guide pour nous trainer jusqu’en haut. Mais où est le sommet ? Dans tous ce blanc, difficile de discerner quelque chose, les bourrasques s’intensifient, on s’enfonce dans la neige, asphyxiés par l’altitude, le froid vif et le vent déchainé, encore un pas, un autre, encore un, un dernier….enfin…Aurélien se jette sur l’arête sommitale ! Nous serons les deuxièmes des trois cordées ayant atteint le sommet ce jour.

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Le brouillard nous embrasse, on s’embrasse : « à chacun son Everest ! ». L’onglet lancinant redonne une sensation de vie, et non la moindre. Après avoir écumé 4min 50 de répits, à tenter de déglutir une pâte d’amande, et immortaliser ce moment précieux à l’aide d’une photo témoin (en évitant de se geler le dernier doigt encore vaillant au moment d’appuyer sur l’appareil), nous décidons de fuir cet ilot glacial.

Il faut amorcer  la descente sans un soupçon de repères. Le décor a encore évolué, tout est pris dans la ouate.  La trace de montée est inexistante. La cordée stoppe, en attendant une fenêtre de « moins mauvais » pour poursuivre la progression. Le ton est ferme mais rassurant, il faut se relever péniblement après s’être enfoncés dans l’épaisseur de neige fraîche. Le guide nous fait  avancer dans ce purgatoire, son jardin qu’il connait vraisemblablement comme sa poche. Nous croisons une cordée qui fera demi-tour, vu l’état des conditions difficiles, voir engagées.  La situation est impressionnante, prise en charge du guide qui nous ramène sur l’itinéraire. Un désert de blanc, aucun élément distinct pour nous aiguiller. Nous poursuivons à vu pour  regagner le col de la Brenva.  Plus nous descendons, plus le mauvais temps nous gagne. Le vent est toujours bien puissant, nous flagelle les joues, les glaçons composent les barbes de mes compagnons de cordées, les yeux brulent. On ne voit rien, pas le temps de s’arrêter, il faut continuer encore et encore, et c’est dur !

Chaque pas vers le sommet représentait un défi contre soi même, à présent il faut aller chercher les derniers ressauts d’énergie pour  lutter encore  avec les éléments, ne pas tomber, continuer. Des pensées diverses retraversent la tête, preuve que nous avons bien descendu et regagner des altitudes respirables ! (Demain je me mets au sudoku et j’arrête ces folies  en montagne), revenons à nos blancs moutons…la descente se poursuit donc péniblement.

Pause au pied d’un géant de glace qui nous abritera un court instant, le temps de boire et de manger, de geler aussi. Rencontre du troisième type : un hurluberlu seul et sorti de nulle part en pleine tempête de grésille, genre Cro-Magnon demandera d’un air hagard : « le refuge des cosmiques, à droite ou à gauche, sur place ou à emporter ? », on voit de tout sur ces sommets…un régal pour les zygomatiques.

Moulinage dans le couloir du col du Maudit, avec des espèces de tchéchènes descendant à l’arrache le long des cordes fixes, très rassurant. Attention  saut de boulets éventuels, restez concentrés ! Conseil du guide !

Puis descente continuelle dans la neige fraîche, entre les séracs qui rigolent de voir autant de fourmis cherchant l’itinéraire. Nous sommes bien petits dans ce monde de brut.

Enfin, une micro pause. Boire, boire, boire…

Puis  une éclaircie, fugitive beauté de la montagne, une apparition de paysage, et de nouveau plus rien…du blanc, du froid, du vent…monnaie courante désormais…le mauvais fera donc cordée avec nous jusqu’au point final.

Descente du Tacul, presque en ramasse dans la neige. Franchissement de crevasses, tout devient lourd. Dernières pentes à franchir, interminable descente. Col du midi, il est 12h, le temps d’un petit pipi !

Remontée au refuge des Cosmiques, point comique…dix ans pour défaire les lacets, enlever le baudrier, on aurait été battu qu’on ne se sentirait pas mieux !

Un thé, du chocolat, une tarte à la framboise, du saucisson, du jambon…

Puis derniers soubresauts d’énergie pour remonter à l’Aiguille. Pénible mais faisable…c’est fait ! Dernier regard vers ces montagnes  picturales dont la beauté restera gravé. Retour dans le monde des mortels après avoir vaincu les éléments, ses propres démons, et donné toute sa motivation. Verdict : nous sommes allés en haut ! Constat : qu’il fait bon redescendre et partager une bonne bière au bistrot !

Les traces de l’ascension sont présentes, quelques  gelures au coin des joues, souvenirs de ces moments de partage où le lien de la corde aura rapproché trois âmes le temps d’une expérience singulière. Merci.