Le Mystère du Mont Blanc

Balmat et Paccard !

Le vrai vainqueur du géant est en réalité Horace Bénédict de Saussure. C’est lui qui, hanté par la vue de la « Grande Montagne » qu’il a sans cesse devant lui, de son Genthod, au bord du lac de Genève, obsédé par l’idée de poursuivre sur les hautes altitudes ses observations scientifiques, a lancé des hommes de Chamonix à l’assaut de ce massif dont le sommet pâle domine l’Europe. Il a promis à qui atteindrait la cime une bonne récompense. Personnes dans la vallée ne songe à s’évader de son rayonnement. On combat les myastéres et les défenses du monstre sous ses couleurs. Aprés chaque tentative, ceux qui sont entrés en lice lui expedient des nouvelles ou des couriers. C’est vers lui que se tournent tous les chercheurs de routes. Lui, d’ailleur, n’est possédé par aucune passion sportive. Il reste pu de tout orgueil. Il est libéré de tout instinct de conquérant. Il ne tient pas le moins du monde à poser le pied le premier sur la cime vaincue.C’est un savant, uniquement un savant qui devine que ses instruments hissés à des hauteurs exceptionnelles lui donneront d’interressantes constatations. Il ne demande qu’un chose: qu’on lui ouvre la voie. De Saussure est donc l’initiateur, l’âme de la conquête du mont Blanc. A son appel plusieurs équipes se mettent à l’oeuvre. C’est l’équipe Balmat-Paccard qui réussit. De l’équipe victorieuse, c’est Balmat, le guide, qui recueille la plus grande part de gloire parce qu’on admet que c’est lui qui a donné le plus grand effort et qui a inventé la route du sommet. Au moment même de la victoire ses concitoyens et bon nombre de ses contemporains ont accepté cette version. Eux qui avaient assisté à la lutte, ils n’ont pas mis en doute l’essentiel de ses récits. Ils ont transmis à leur postérité l’admiration de Balmat. Leurs descendants, fidèles à la tradition établie depuis 1786, ont perpetué le souvenir du vainqueur du Mont Blanc par un médaillon de bronze sur le mur de l’église de Chamonix et par un monument où il est associé à de Saussure sur une des places du Bourg.

Est-ce là la stricte vérité?

Il y a un mystère du Mont Blanc. Une énigme qui ne sera jamais déchiffrée, un secret qui ne sera peut-être jamais percé: Balmat et Paccard ont atteint ensemble et les premiers la plus haute cime d’Europe. Mais qui des deux, après vingt tentatives diverses et infructueuses, a eu l’idée d’essayer le chemin qui a mené à la victoire? Qui des deux surtout, la route étant choisie, a conduit et soutenu la rude ascension de sa volonté? Depuis quelques années, la gloire de Balmat ne paraît plus aussi intacte ni sa statue aussi solide. Les polémiques qui se sont élevées de son vivant déjà (timides et sans grand écho) ont pris dans l’histoire, plus d’ampleur.

Y a-t-il lieu de le dépouiller de sa gloire?

Sans doute faut-il en plusieurs points réviser la légende. Mais, il faut réagir aussi contre la tendance qui voudroit l’anéantir complétement. Avant d’essayer de retoucher son histoire, pour en conserver des parties, pour en redresser d’autres, il est nécessaire de présenter l’homme tel que sa vallée natale à voulu le voir et en a transmis l’image à la postérité.

Jacques Balmat…
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Tiré du livre « Montagnes » de Marcel Rouff